Coulombs 28210

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Histoire locale

Site sur l’histoire de la commune par Roger TEMPETE http://www.coulombs28monvillage.tk

Souvenirs de l’été 1943

SOUVENIRS, SOUVENIRS, UN ETE 1943

La ville de Nogent-le-Roi organisa début 1943 une journée au profit des prisonniers de guerre comprenant une kermesse dans l’après midi avec vente aux enchères de lots offerts par les habitants et une soirée avec des artistes amateurs locaux : le patronage Saint-Louis de Gonzague, l’amicale des anciens élèves de l’école publique, la gaîté nogentaise.

L’amicale sportive de Coulombs créée en 1941 fut sollicitée. Une chanson ‘’ l’amour est à tout le monde ‘’, succès populaire de cette époque fut mise en scène. Quatre couples de jeunes représentant les différentes classes de la société : clochards, militaires, ouvriers et bourgeois chantaient et dansaient sur scène. Cette chanson gaie, bien enlevée, interprétée par des jeunes inconnus du public nogentais eut un grand succès et fut bissée plusieurs fois.

Ce succès nous incita à faire une fête pour les prisonniers et déportés de Coulombs. Nous fîmes appel à M. René Guillon, instituteur à Coulombs, qui avait un frère Marcel Guillon, directeur d’école à Nogent-le-Rotrou, qui écrivait des pièces de théâtre. Il les éditait dans une revue ‘’ jouons la comédie ‘’ destinée aux sociétés d’anciens élèves. Il nous en envoya quelques unes et nous choisîmes deux comédies ‘’L’opération mystérieuse‘’ et ‘’Le mariage Dupont Durand ‘’. Ces pièces étaient entrecoupées de chansons et une revue 1900-1943 évoquait les airs populaires que nos anciens avaient fredonnés au début du vingtième siècle.

Nous répétions le soir dans la salle de classe qui devait être détruite l’année suivante par le bombardement du 18 juillet 1944. Un soir, tout à notre théâtre, nous laissâmes passer l’heure du couvre feu fixée à 11 heures. La porte de la classe s’ouvre brusquement : entrée violente accompagnée de hurlements des deux feldgendarmes allemands que nous surnommions ‘’ les chaînes à vaches ‘’ à cause de la plaque métallique attachée à leur cou par une chaîne. Nous avons eu peur car quelquefois les jeunes gens interpellés étaient envoyés dans les camps de travail forcé. Ils étaient accompagnés d’un interprète français que M. Guillon avait déjà rencontré dans son travail de secrétaire de mairie. M. Guillon parlementa, nous défendit et il nous fut permis de rentrer chez nous. Son fils Jean qui tenait un rôle principal dans le mariage Dupont Durand, n’aurait pas dû être à Coulombs étant requis à la construction du mur de l’Atlantique. Il s’éclipsa par la porte du couloir. On ne voit ni son nom dans le programme qui a été distribué, ni sa tête sur les photos qui ont été prises : il fallait être discret.

Le 4 juillet 1943, la kermesse eut lieu dans la propriété Brun où est actuellement la mairie. Nous ne manquions pas de culot, la propriété était réquisitionnée par les Allemands. M. Sage, maire de Coulombs, nous donna la clef et nous couvrait en cas d’incident. Personne ne nous dérangea. Les Allemands étaient trop occupés à ce moment sur le front russe. Nous eûmes beau temps et un grand succès.

Les stands étaient assez nombreux : vente de gâteaux et sandwiches, pêche à la ligne, lapinodrôme, promenades en voiture à âne, courses sur l’Eure en canoës-kayaks, concours de chanteurs amateurs. Deux clowns animaient la fête. Une tombola avec 90 lots : surtout des poulets, lapins et légumes très appréciés par ces temps de restrictions. Le premier lot était une table et deux chaises offert par la Fabrique de Meubles de Coulombs.
Le soir, le spectacle eut lieu dans la grange de M. Fourmy dans la Ribordière. La petite grange en face était réservée à la buvette. Les jeunes gens et les jeunes filles de Coulombs firent de leur mieux pour distraire le public qui en avait besoin par ce temps de guerre et de restrictions. Le public ne leur ménagea point ses applaudissements. Les stands de la kermesse, la scène et l’électricité dans la grange avaient été montés par MM. Gabriel Alleaume, Fernand Mérillon et Daniel Quatreboeufs, les pompiers et quelques bénévoles. A la fin, la fille d’un accordéoniste amateur de la région proposa de continuer par un bal clandestin. Les dirigeants refusèrent : il ne fallait pas risquer de se faire prendre maintenant que la caisse était bien remplie. Les prisonniers et les requis du travail forcé eurent des colis substantiels.

Le lendemain soir, après le travail, la noce Dupont Durand défila dans les rues de Coulombs emmenée par Pierre Polvé et sa clarinette. Les vieux disaient ‘’ on dirait le père Lethias (grand père de Pierre Polvé) emmenant une vraie noce il y a 30 ans ‘’.

On s’était promis de recommencer l’année suivante. Seulement, 1944 fut l’année de la libération mais aussi des deuils pour plusieurs d’entre nous et des ruines pour notre village. En 1945, 46 et 47, il y eut deux séances récréatives, deux bals à Coulombs et un bal à Chandelles. Les acteurs de 1943 se marièrent, se dispersèrent et les plus jeunes préférèrent aller sur Nogent-le-Roi vers des sociétés plus attractives. L’Amicale Sportive de Coulombs disparut ne laissant que des souvenirs. 

C’était il y a 60 ans. Beaucoup des acteurs et actrices de ce temps ont disparu : Colette, Andrée, Denise, Noël, Bernard, Yves dit Marius, Marcel dit Oscar et Jean sans oublier ses parents, M. et Mme Guillon qui dorment leur dernier sommeil au cimetière de Lourdes.
Marcelle Marchand-Beslay, Jacqueline Bataille-Lochet
Ginette Vincent-Lochet , Michel Chapet

Texte écrit en 2003

Mariage

Affiche


Bombardement de 1944

BOMBARDEMENTS MEURTRIERS EN 1944
En ce 12 juillet 1944, l’après midi s’étire doucement…
Le débarquement allié a eu lieu le 6 juin. L’espoir et l’impatience de la libération sont dans tous les esprits mais, cependant, depuis le 6 juillet l’inquiétude étreint les cœurs. En effet, des bombes sont tombées dans les près et les champs de la vallée entre Coulombs et Chandelles. Les ponts, la voie ferrée étaient visés.
Partis depuis plusieurs heures avec l’attelage de chevaux, M. Raphaël BESLAY et son employé M. Germain LECORGNE travaillent encore dans les champs sur le plateau.
Il est environ 18 heures. C’est l’heure de la traite. Mme Clotilde BESLAY est à l’étable. En compagnie de son grand-père, M. PICHARD (père de Mme BESLAY), Marguerite, leur fille, discute avec son amie Marguerite HÉBERT dans la cuisine de la ferme. Sa sœur, Marcelle, est partie à vélo. Elle livre des fromages dans la rue de la Ribordière.
Mme Angélina MERCIER est descendue de la cavée de Houdan où elle réside. Elle rencontre Mme Angèle BONARD l’épicière et ensemble elles partent par la rue de Chandelles car elles veulent voir les dégâts faits par les bombes tombées la semaine précédente. Elles discutent quelques minutes avec Mme Yvonne QUATREBOEUFS qui habite non loin de le ferme BESLAY. Celle-ci refuse de les accompagner car elle est déjà allée voir les trous de bombe la veille.
Roger, le fils de Mme Bonard, sa femme, ses filles Janine et Ginette entreprennent eux aussi la même promenade mais à peine ont-ils quitté l’épicerie que les bombardiers américains sont là et c’est l’horreur.
À la ferme BESLAY les bombes ont aplati l’étable et presque toute l’habitation, la chaussée est éventrée. Les maisons voisines sont ébranlées et endommagées par le souffle puissant des bombes. Des murs de bauge sont écroulés. La plupart des vitres ont volé en éclat.
Mme BONARD est en partie ensevelie sous un mur de bauge, Mme MERCIER gît plus loin au milieu de la rue. Des gens se précipitent dont M. Roger BONARD. Aidé par François KOWALCZYK, il retire les blocs de terre qui écrasent les jambes de sa mère. Les avions reviennent puis s’éloignent à nouveau.
Mme BONARD parle encore mais elle mourra peu après. Sa fille Marie-Louise (Mme MOULENC) se précipite. Ses hurlements résonnent encore aujourd’hui aux oreilles de Jeanne QUATREBOEUFS (Mme KOWALCZYK).
Une échelle sert de brancard, on transporte Mme MERCIER inconsciente, elle mourra quelques heures plus tard. Monsieur Auguste DEFRAIN qui était dans son jardin est lui aussi gravement blessé. Il décèdera le 21 juillet.
À la ferme BESLAY, c’est la désolation. La cuisine a résisté, les deux filles et le grand père sont choqués mais indemnes. Par contre, l’étable n’est plus qu’un énorme tas de gravats et de poutres. Mme BESLAY est là, sous cet enchevêtrement, c’est sur… 
On s’organise, on pioche, on pellète, on déblaie, on se dépêche car on a entendu quelques gémissements sourds. A près bien des efforts on parvient à extraire le chien de la famille, affolé, mais sauf.
Toutes les vaches sont tuées, trois d’entre elles seront basculées dans les trous de bombe qui ont laissé la chaussée béante.
Pour Mme BESLAY les recherches restent vaines. Pourtant plusieurs soldats allemands sont venus aider au déblaiement. On travaille jusqu’à 2 heures du matin. Les soldats ordonnent l’arrêt des recherches, on se retrouvera dans quelques heures au petit jour.
Vers 8 heures ce 13 juillet François KOWALCZYK et Georges FOURMY ont repris les travaux de déblaiement, l’un pioche prudemment, l’autre pellète. Soudain Georges FOURMY aperçoit du tissu dans les gravats…Clotilde est là…Elle avait donc quitté l’étable avec sans doute le projet de rejoindre la cuisine. Elle a été ensevelie par l’effondrement du bâtiment qui se trouvait face à la cuisine.
M. CHELIN et M. Louis ALLAIS sont les premiers à s’occuper de la défunte. La ferme BESLAY n’est plus que ruines. La famille est anéantie par la douleur et le dénuement : plus de maison, plus de vêtements, plus de meubles, plus de volailles, plus de bétail, plus rien…Le prêtre, M. l’Abbé BARBASTE, décide que la dépouille de Mme BESLAY sera installée dans la chapelle de la Vierge en l’église Saint Chéron de Coulombs (à gauche en entrant) en attendant les funérailles.
Dès le soir du 12 juillet l’entraide et la solidarité des habitants de Coulombs se sont manifestées. La plupart des habitants de la rue de Chandelles sont relogés dans la famille chez des amis…dans les caves de la cavée de Houdan (32 personnes vivront jusqu’à la libération dans la grande cave chez la famille ROLLAND).
Mise à disposition par M. Lucien FOURMY, cultivateur, la ferme BINUCHE (située au carrefour en haut de la rue de Paris et de la cavée du Houdan) accueillera M. BESLAY et ses filles.
Terrorisée par ce bombardement qui a rendu sa maison quasi inhabitable, Mme Louise CESAIRE se réfugie chez sa fille à Lormaye où elle mourra le 14 août victime du bombardement de la mairie et du pont de la Bretèche…
Et puis, en cet après-midi du 18 juillet vers 15 heures environ, le cauchemar recommence. Ce pont qui enjambe l’Eure permettant le passage de la voie ferrée Maintenon-Dreux, les Alliés veulent le détruire. Les bombardiers arrivent en nombre et les bombes pleuvent sur Coulombs. Puis c’est le silence…et la poussière. On sort des caves, des abris, des maisons mais on reste au carrefour du Cygne car on ne distingue plus rien ni le pont, ni l’église, ni les maisons…
L’église a été épargnée mais derrière elle, la villa des Roses n’est plus que décombres. De la cave, par le soupirail, on extrait M. GÉRAUD, l’électricien.
Le mur du parc est éventré de part en part. Sur la place il ne reste que des ruines : la mairie, l’école des garçons et au fond, la villa du Baptistère, sont béantes, éventrées.
Dans le parc de la propriété de M. HARANGER une maisonnette a été, elle aussi, détruite et à proximité on découvre deux victimes gravement blessées : M. Augustin DURAND et M … ….. chantre de l’église de Nogent-le-Roi. Tous deux décèderont quelques jours plus tard.
Le mardi 15 août 1944, les soldats allemands s’enfuient enfin et au loin, du bruit, un grondement : ce sont les blindés américains. Ils sont à Nogent, les voilà à Coulombs : les camions, les jeeps, les chars, les pièces d’artillerie empruntent la Grande Rue et se dirigent vers Faverolles. C’est un défilé incessant…c’est la LIBÉRATION...

Le 7 mai 1945 l’acte de capitulation allemande est signé à Reims et le mardi 8 mai à 15 heures les cloches de notre église sonnent, comme celles de toutes les églises de France, pour annoncer officiellement la fin de la guerre, la VICTOIRE des Alliés.

Coulombs mon village, votre village, notre village, joli village blotti dans la vallée de l’Eure, tente alors de panser ses blessures, ses chagrins et se tourne courageusement vers l’avenir et la reconstruction.

Les noms des victimes civiles et militaires de cette période si sombre de notre histoire, sont inscrits au fond de l’église Saint Chéron et sur le Monument aux Morts, au centre du cimetière, sur la colline où elles dorment pour l’éternité. Elles nous disent : « SOUVIENS-TOI ».

Le temps qui passe apporte l’apaisement mais l’oubli, JAMAIS.

(Texte écrit d’après les souvenirs de Jeanne et François KOWALCZYK) 

bombardement 1945



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